Fauteuil, mon ami
lundi 10 novembre 2014

Fauteuil, mon ami

Magazine APF SEP N°2 (1998)

Atteint d’une SEP depuis 1987, j’ai commencé à éprouver de réelles difficultés à me déplacer en 1993 suite à une poussée.
Dès lors, les activités familiales furent compromises.
Plus de balades en famille et des sorties très limitées.

Un jour où les miens durent faire plus de pas que je ne pouvais en faire pour accéder à une aire de pique-nique, je dus me résoudre à déjeuner dans la voiture, le handicap m’empêchant de me joindre à eux.
C’est là que l’idée de l’utilisation d’un fauteuil de façon ponctuelle me vînt.

Depuis fin 93, j’ai acquis cet auxiliaire de vie qui ne me sert qu’à l’occasion d’un déplacement.
Chez moi, je vais, titubant quelque peu d’un meuble à l’autre, sans aide. Dehors, pour quelques pas, une canne suffit à retrouver un équilibre correct et j’essaie de faire fonctionner mes jambes aussi souvent qu’elles le peuvent, sans jamais trop forcer car le prix à payer en contractures diverses est trop élevé.

Dès qu’il s’agit de faire des courses au supermarché, des promenades sur le bord de mer, d’aller au spectacle ( là, se pose le problème de l’accessibilité, mais c’est un autre sujet... ), de vivre en somme une vie riche en émotions, je fais appel à mon allié, mon meilleur ami dans ce domaine, qui ne refuse jamais de me rendre service, à qui je ne dois rien demander, le fauteuil roulant, cet épouvantail qui effraie tant de monde, ce tabou à roulettes...

Les anecdotes que vous pouvez vivre sont alors multiples car, dans l’esprit des valides, une personne se servant d’un appareillage est irrémédiablement clouée en position assise. Imaginer leur surprise de nous voir nous lever pour prendre un produit que les grandes surfaces sont incapables de proposer à moins d’un mètre quatre vingt du sol... simulateur ?, qu’importe le regard des autres... seul votre bien-être et votre qualité de vie sont importants. Leur regard changera si nous le faisons changer.

Depuis 6 ans, je n’y prête même plus attention. Si le besoin s’en fait sentir, je me lève, j’ai encore cette chance inouïe de pouvoir le faire, alors je descends du trottoir trop haut, j’attrape la boîte de conserve convoitée, je démonte et range mon fauteuil dans le coffre, je le laisse à l’entrée du restaurant inaccessible, etc...
Cela ne porte pas malheur, rien n’est inéluctable, vous vivez autrement, mais mieux, tellement mieux.

Plutôt que de souffrir de ce qu’il ne vous est plus possible de faire, tendez la main à un allié fidèle et ne pensez plus qu’une fois assis, quelque force vous empêchera de vous relever, c’est vous et vous seul qui choisirez ou non de son utilisation.

La mobilité réduite peut-être étendue, elle n’est pas la fin d’une existence.

Profitez de la vie et de la chance que vous avez de pouvoir la choisir et la modifier, cela n’est pas donné à tous le monde.

Bon courage à tous.

Amicalement.

Serge DUGUE