Le stress et la SEP (Faire Face)
mardi 7 avril 2009

Article Faire Face Sep N°5 juin 2007. Valérie Di Chiappari interroge notamment le Dr Didier Vernay Neurologue au CHU de Clermont-Ferrand. Le stress, réaction normale de l’organisme à un événement plus ou moins traumatisant, peut-il être un facteur déclenchant de la sclérose en plaques ou un accélérateur des poussées ? De nombreuses études vont dans ce sens ; d’autres l’infirment. Dans le doute, il faut apprendre à vivre l’événement le mieux possible.

Le stress

La controverse

Le stress a un impact négatif sur les réponses immunitaires de l’organisme : il les affaiblit, plusieurs études scientifiques le prouvent. Or, la sclérose en plaques (Sep) est une maladie auto-immune. Donc le stress peut être un facteur déclenchant de la Sep ou un accélérateur des poussées. CQFD ? Non. Les liens entre Sep et stress ne se résument pas à des liens de cause à effet.

Contrainte et réaction de l’individu

Le stress désigne à la fois une contrainte exercée sur une personne (bruit, agression, perte, maladie…) et la réaction de l’individu face à cet événement. C’est une réaction normale d’adaptation de l’organisme qui peut avoir une intensité différente selon le traumatisme qui le provoque. Il existe ainsi deux types de stress. Le stress aigu est lié à des événements majeurs de la vie (accidents, divorce, annonce d’une maladie, deuil). Le stress chronique, lui, est associé à des agressions de la vie quotidienne, moins intenses mais répétées. Dans le cas d’une maladie comme la Sep, il peut ainsi être provoqué par les douleurs, la fatigue, les troubles urinaires… et la situation inconfortable dans laquelle se trouvent les malades qui ne savent pas comment évoluera leur pathologie.

« Deux situations de stress s’avèrent particulièrement destructrices sur le plan physique et psychologique : ce stress chronique qui épuise l’individu et celui généré par une situation où il ne peut rien faire, où il n’a pas la possibilité de reprendre la main. Car le poids d’un événement stressant n’est pas lié à l’événement lui-même mais à la manière dont il est vécu par la personne. Si elle peut faire face, alors le stress peut être positif, mais si elle n’a aucune solution pour affronter la situation, alors le stress est négatif », explique le docteur Didier Vernay, neurologue au CHU de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Conséquences possibles : des troubles somatiques, une usure mentale pouvant aller jusqu’à la dépression ou encore une grande vulnérabilité. « Il ne faut pas oublier non plus que nous vivons dans une société où la pression sociale est énorme et la pression normalisante terrible. Cela oblige les individus à placer la barre très haut, trop haut quand ils sont atteints d’une Sep, s’ils veulent coller à ce qui est véhiculé comme standards hédonistes ou de réussite sociale et professionnelle. » 

Des études contradictoires

Il semble donc logique que plusieurs études se soient penchées sur cette question ces dernières années avec des résultats parfois contradictoires. L’une d’elles, parue dans le British Medical Journal en 2004 (1), a ainsi analysé de manière critique les données de vingt études publiées entre 1965 et 2003 pour en retenir quatorze au final et regrouper leurs données. Résultats : la probabilité de crise augmente à la suite d’un événement stressant de la vie, avec une intensité du phénomène modérée mais cliniquement significative. Une étude danoise parue dans Neurology la même année (2) a, elle, porté sur l’état de santé de 21 000 parents danois qui avaient perdu un enfant de moins de 18 ans. Cet état de santé a été comparé à celui d’un autre groupe de plus de 293 000 parents n’ayant pas vécu un tel drame. Conclusion ? Le risque de développer une sclérose en plaques s’avère deux fois plus élevé dans le premier groupe que dans le second lorsque le décès est survenu de manière inattendue.

A contrario, une étude réalisée en 1993 (3) suite à la première guerre du Golfe semble mettre en évidence le phénomène inverse : face à un stress sévère lui aussi comme peut l’être un conflit armé, le risque de développer des poussées n’a pas été aggravé. Pas facile de s’y retrouver. « Dans les situations de stress collectif, comme cela arrive en temps de guerre, l’individu vit moins mal son stress car des réseaux de solidarité se mettent en place », indique le docteur Didier Vernay.

C’est d’ailleurs pourquoi l’existence de tels réseaux autour de la personne atteinte de Sep est très importante. « Ces réseaux sont indispensables mais il ne suffit pas d’être entouré par ses proches, par les soignants : il faut être compris. Il ne suffit pas de participer à des groupes de parole : il faut pouvoir être entendu. » Il s’agit alors d’aider la personne malade à trouver la meilleure solution de proximité, qu’il s’agisse d’approches verbales (psychothérapie, groupes de parole…) ou corporelles (relaxation, yoga…). Ceci afin qu’elle apprenne à vivre, le mieux possible, l’événement auquel elle est confrontée et limite les situations de stress.

Les trois phases du stress

Une phase initiale ou phase d’alarme où intervient un agent stressant : physique, psychique. Elle se caractérise par une réaction d’alerte de l’organisme (accélération du rythme cardiaque, sueurs…).

Une phase d’adaptation ou de résistance au cours de laquelle des mécanismes se mettent en place pour entreprendre des actions appropriées (une lutte, la fuite).

Une phase d’épuisement lorsque la situation stressante dure trop longtemps sans que la personne puisse la régler ou qu’elle se reproduit trop souvent. Les ressources de l’individu sont débordées et son organisme s’affaiblit.

Valérie Di Chiappari (Journaliste)

  • Association between stressful life events and exacerbation in multiple sclerosis : a meta-analysis - D.C Mohr, S.L Hart, L. Julian, D. Cox, D. Pelletier - British Medical Journal, 2004 - Br Med Assoc
  • Source : Neurology 2004 ; 62 ; 726-9
  • Psychological stress as risk factor for exacerbations in multiple sclerosis - P. Nisipeanu, A.D Korczyn, Neurology, 1993