La fatigue de la sclérose en plaques.
mercredi 21 janvier 2009

Pr Jean-Marie Warter le 01/05/01,

Service des Maladies du Système Nerveux et du Muscle Clinique Neurologique - Hôpitaux Universitaire - 67091 Strasbourg.

La fatigue est un symptôme particulièrement fréquent au cours de la sclérose en plaques ; mais sa définition est loin d’être univoque.

Ainsi, selon les dictionnaires, la fatigue est pour Garnier et Delamarre " un état physiologique qui résulte de l’activité prolongée d’un organe ou d’un appareil doué de sensibilité se traduisant par une diminution de fonctionnement et une sensation particulière (sentiment de fatigue propre à chaque organe) "

alors que pour le Petit Larousse, la fatigue est " une sensation de lassitude causée par l’effort, l’excès de dépense physique ou intellectuelle ".

Deux définitions qui ne s’adaptent pas à la fatigue neurologique où il n’existe pas de corrélation entre l’intensité de l’effort et l’apparition de la sensation de lassitude ; Le terme de fatigue n’est pas synonyme de celui d’asthénie, dont la connotation médicale est beaucoup plus nette, traduisant les conséquences fonctionnelles de la fatigue.

Dans la sclérose en plaques, la fatigue est parfois le symptôme le plus invalidant.

Sa fréquence est difficile à estimer.

Plus de la moitié des patients présentent un tel symptôme qui reste démesuré, donc anormal par rapport à l’effort fourni.

Elle est souvent exacerbée par la chaleur, un des traits caractéristiques de la fatigue rencontrée dans cette affection.

Elle est plus fréquente chez les sujets plus âgés, ce qui a conduit à s’interroger sur les éventuelles relations entre ce symptôme et l’intensité du handicap.

En fait, il ne semble pas y avoir de relation statistique entre les scores de fatigue et le degré de handicap.

Cette notion est extrêmement importante : ainsi les patients dont le handicap physique reste modéré, peuvent être très gênés dans leur vie quotidienne. Elle est plus fréquente dans les formes progressives de SEP et les formes rémittentes progressives.

Son importance a conduit à rechercher un lien avec un syndrome dépressif sous-jacent. la plupart des études n’ont pas permis d’établir de relation entre scores de fatigue et de dépression. Ces conclusions statistiques ne doivent cependant pas dispenser d’une analyse individuelle pour chaque patient.

En effet, la fatigue est telle qu’elle retentit sur la vie quotidienne du patient mais aussi sur sa vie psychologique.Des études ont cherché à établir un lien entre le degré de fatigue et la nature de l’atteinte neurologique. Elles ont donné des conclusions variables. néanmoins, ne relation semble exister entre ce symptôme et l’atteinte pyramidale.

La fatigue, qu’elle que soit l’affection sous-jacente, doit faire rechercher la possibilité de troubles du sommeil. En effet, tout un chacun a expérimenté cette sensation particulière qui fait suite à une privation importante de sommeil. Peu d’études ont été consacrées aux relations sommeil-fatigue et sclérose en plaques, mais elles permettent toutes de conclure que les troubles du sommeil jouent un rôle mineur dans la survenue de ce symptôme.

Enfin, il n’existe pas de corrélation entre le degré d’évolutivité de la maladie, apprécié par l’analyse de la surface des lésions à l’IRM, et la fatigue.Il existe par contre une composante musculaire représentée par une désadaptation des muscles à l’effort. En fait, cette atteinte musculaire n’est nullement spécifique, rencontrée dans bon nombre d’affectations associées à une fatigue.

En conclusion : La fatigue est présent à tous les moments de la maladie : fatigue physique qu’il faut bien évidemment distinguer de la fatigabilité anormale que l’on rencontre dans les efforts de marche, d’attention visuelle... fatigue intellectuelle dont les relations avec l’état dépressif méritent une étude détaillée, et, enfin, fatigue inhérente aux thérapeutiques. Ce trait séméiologique est un symptôme fréquent dont les conséquences dans la vie quotidienne ne sont pas toujours estimées à leur juste gravité.